Le cancer de la peau en Belgique : une hausse des cas de 350 % en 12 ans

Le cancer de la peau en Belgique : une hausse des cas de 350 % en 12 ans

La campagne se concentre sur le danger de déni lors des premiers symptômes

Le combat contre le cancer de la peau… commence dans votre tête. C'est avec ce slogan qu'Euromelanoma lance sa campagne de prévention annuelle. Le cancer de la peau n'est pas seulement la forme de cancer la plus courante en Belgique : le nombre de nouveaux patients atteints continue également de grimper d'année en année. Une enquête révèle que la procrastination et le déni constituent souvent des obstacles à un traitement efficace du cancer de la peau. Ainsi, 49 % des patients attendent en moyenne 3 à 6 mois avant de consulter à l'apparition des premiers symptômes. La semaine de prévention avec dépistage gratuit aura lieu cette année du 13 au 17 mai. 

Un patient sur deux fait preuve de procrastination
Une enquête récente démontre à quel point le déni des patients augmente le risque de développer un cancer de la peau. Euromelanoma a collaboré pour ce faire avec la Melanoma Research Foundation (États-Unis) en se basant sur une étude réalisée auprès de 1 300 dermatologues dans le monde. Concrètement, les chercheurs observent trois stades de déni : le déni du besoin de se protéger du soleil, le déni des symptômes du cancer de la peau et le déni du besoin de suivi.  

En ce qui concerne la protection contre le soleil, 88 % des personnes interrogées dans le monde en reconnaissent l'importance, mais elles ne sont que 18 % à se protéger systématiquement. Les chiffres belges présentent un écart encore plus grand : 93 % des gens sont conscients qu'une trop grande exposition au soleil peut être dangereuse pour la santé, mais à peine 6 % se protègent tout au long de l'année. La professeure Véronique del Marmol, présidente d'Euromelanoma Europe : « Le problème, c'est que les gens comprennent le lien entre exposition au soleil et cancer de la peau, mais ils ne font rien pour contrer ce risque accru. Le cancer de la peau peut être évité et se protéger du soleil doit devenir une deuxième nature, comme se brosser les dents. Les organisations du secteur des soins doivent étudier les causes de ce déni. »

 • Le déni des patients subsiste même en présence de symptômes possibles du cancer de la peau. Pratiquement la moitié des patients (49 %) attendent 3 à 6 mois avant de consulter un médecin à l'apparition des premiers signes, 39 % attendent entre 7 et 12 mois et 14 % attendent un an ou plus. Cela comporte des risques, car la probabilité de décès en cas de mélanome, la forme la plus agressive du cancer de la peau, augmente de 41 % si l'on attend 4 mois avant de demander l'avis d'un médecin. Véronique del Marmol : « L'idée de se faire diagnostiquer un cancer fait très peur aux gens, ils assimilent cela à un arrêt de mort. Alors qu'en cas de diagnostic précoce, le cancer de la peau se soigne très bien. Certains patients ne se rendent pas compte que le fait de nier les symptômes augmente justement le risque que ce qu'ils craignent le plus ne se réalise. » 

La troisième phase de déni concerne la prise en charge après un premier cancer de la peau : 5 % des patients ne se rendent pas à leur rendez-vous de suivi chez le dermatologue – une proportion qui monte à 30 % après deux ans. C'est risqué, car les personnes qui ont déjà eu un cancer de la peau ont plus de risques d'en développer un à nouveau. 

Julien Tiete, psychologue spécialisé en oncologie et lié à l'hôpital Erasme à Bruxelles : « D'un point de vue psychologique, le déni est un mécanisme de défense très important. Tout le monde en a besoin pour pouvoir fonctionner au quotidien et surmonter d’éventuels risques. Le déni nous permet d’éviter de penser à notre propre mort et nous encourage même parfois à réaliser certaines choses ou à tomber amoureux. Dans certaines situations, quand le déni est trop fort ou dure trop longtemps, cela peut devenir un problème et nous pousser à mettre notre vie en danger, ne pas suivre les traitements ou les mesures de prévention. » 

L'humoriste Bert Kruismans en sait quelque chose. « En tant que freelance, je mène une vie assez irrégulière et je connais des périodes parfois très chargées. Quand j'ai repéré une tache suspecte sur ma peau, je n'ai donc pas pris tout de suite rendez-vous chez le médecin. Je me suis dit que cela pouvait attendre. Lorsque, après des mois d'excuses, je me suis enfin décidé à aller chez le dermatologue, il était moins une : j'avais un mélanome qu'il fallait traiter sans plus attendre. Mon médecin m'a dit que cela aurait pu être fatal si j'avais encore attendu deux semaines de plus. Cela fait réfléchir. »    

Le cancer de la peau en Belgique et dans le monde
La Fondation Registre du Cancer a chiffré la croissance explosive du cancer de la peau chez nous : le nombre de cas a augmenté de 342 % entre 2004 et 2016. Chaque année, la Belgique compte environ 39 000 nouveaux patients atteints d'un cancer de la peau (35 836 carcinomes et 3 069 mélanomes). Le cancer de la peau est dès lors la forme de cancer la plus courante et affichant la progression la plus rapide. En comparaison, 67 000 autres tumeurs invasives (cancers qui se sont disséminés) sont diagnostiquées chaque année en Belgique. 

Les chiffres du cancer de la peau au niveau mondial présentent une tendance tout aussi préoccupante : un tiers des cancers diagnostiqués sont des cancers de la peau, avec chaque année environ 3 millions de carcinomes et 132 000 mélanomes. Combinés aux résultats de l'enquête sur le déni, ces chiffres indiquent que pratiquement 1,5 million de patients dans le monde attendent avant de consulter quand les premiers symptômes du cancer de la peau apparaissent. En 2016, 61 680 personnes sont décédées d'un mélanome. Les dermatologues estiment que plus de la moitié (54 %) de ces décès auraient pu être évités si le patient avait demandé l'avis d'un médecin plus vite. 

Thomas Maselis, dermatologue et président d'Euromelanoma Belgique : « Cette année, la campagne met en lumière à la fois les aspects physiques et psychologiques du cancer de la peau. Le monde médical a besoin d'une approche holistique, car il y a un fossé clair entre le fait de savoir comment se protéger du cancer de la peau et le fait d'adapter effectivement son comportement. Le combat contre le cancer de la peau commence dans votre tête. Protégez-vous d'un excès de soleil et, en cas de doute, demandez immédiatement l'avis d'un professionnel. » 

Thomas Maselis observe néanmoins une tendance positive dans son cabinet : « Les gens consultent beaucoup plus rapidement quand ils repèrent une tache suspecte. Alors qu'en 2001, je diagnostiquais encore un mélanome sur trois, voire sur deux, à un stade avancé, cette proportion a fortement diminué et est aujourd'hui d'à peine un sur huit. Le revers de la médaille est que le nombre de tumeurs cutanées est en forte hausse. Une partie des patients viennent par ailleurs encore beaucoup trop tard. Les hommes plus âgés restent un groupe particulièrement à risque, mais ils ne se rendent pas très vite chez un médecin ou un dermatologue. Ils se disent souvent que ce n'est qu'une petite tache sur leur peau, que cela n'aura pas d'impact sur le reste de leur corps. Il faut en finir avec ce raisonnement erroné, autrement nous continuerons à perdre des patients à cause d'une maladie que l'on peut prévenir ou traiter efficacement. »

Semaine de prévention : du 13 au 17 mai 2019
Comme chaque année, Euromelanoma déploiera sa campagne à grande échelle (dans 33 pays européens) par le biais de brochures, d'affiches, d'activités sur les réseaux sociaux et de journées de consultation gratuites chez les dermatologues participants, du 13 au 17 mai. Vous pouvez vous inscrire à ces dernières en ligne via le site web www.euromelanoma.org à partir du mardi 2 avril à midi. Vous y découvrirez également comment éviter le cancer de la peau et comment le dépister à temps.

Grâce à la collaboration d'Euromelanoma en partenariat avec la Melanoma Research Foundation et sa Global Coalition for Melanoma Patient Advocacy, la campagne sera également menée aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Asie.

Pour plus d'informations
RCA PR I Sarah Coppens I Tél. : +32 497 45 13 10 I sarah.coppens@rca.be I www.rcapress.be

Sources : • Rapport sur la prévention du cancer de la peau : IPSOS pour La Roche-Posay • Étude auprès de 1 300 dermatologues dans le monde : Euromelanoma et la Melanoma Research Foundation • Fondation Registre du Cancer